Ne pas mentir - Photo de René Assmussen - Pexels
Photo de René Assmussen provenant de Pexels

Ne pas mentir

Richard Nixon, Bill Clinton et bien d’autres vous le confirmeraient. Quand on est en difficulté ou pris dans un scandale, le pire est de mentir. Il ne faut jamais nier un fait. L’histoire l’a tellement souvent démontré, qu’au début le mensonge peut même marcher et bluffer les plus avertis.

Comme l’explique Madeleine Albright, alors secrétaire d’Etat à Washington, après la réunion où Bill Clinton assure les membres de son cabinet que tout ce qui se raconte sur ses relations avec Monica Lewinsky est faux :

« Il ne m’est pas venu à l’idée de ne pas croire le Président. Je ne pensais pas qu’il mentait parce que je le croyais suffisamment sensé pour savoir qu’il finirait par se faire prendre, et qu’alors ses mensonges rendraient les choses pires encore. Après tout, c’était la principale leçon à tirer du Watergate et de presque tous les scandales ultérieurs ayant concerné la Maison Blanche : plus que les agissements répréhensibles, c’était la tentative d’étouffer les affaires qui faisait tomber des têtes. J’étais convaincue que le Président avait conscience de cela. »

Eh bien non, même Bill Clinton a pensé, à tort, qu’il échapperait à la règle. Alors vous pensez, quand on s’appelle Pierre Maudet nouveau Prince de Genève, on croit évidemment qu’on va s’en sortir en niant la vérité.

Soupçonné d’acceptation d’avantages, notamment pour un voyage à Abou Dabi en 2015, Pierre Maudet prétend d’abord qu’il s’agit d’un voyage privé. Puis il avoue avoir menti sur la nature et le financement de ce voyage car il a été invité par le prince héritier de l'émirat. Sans ce mensonge initial, l’affaire n’aurait de toute évidence pas eu les conséquences qu’elle a développées, pendant des mois, à l’allure d’un feuilleton politico-médiatique. Aujourd’hui, Pierre Maudet n’est tout simplement plus ni président ni membre du Conseil d’Etat. Il a perdu le pari de sa réélection et attend le verdict final de son procès. Jusque-là, même s’il est comme tout un chacun au bénéfice de la présomption d’innocence sur le plan juridique, il n’en reste pas moins, sur le plan politique, qu’il a menti dans l’exercice de ses fonctions.

Il n’est malheureusement pas le premier conseiller d’Etat, qui plus est PLR, qui a cru qu’il allait pouvoir se sortir d’une affaire en racontant des histoires.

C’est la fable du ministre et du barman. Récit d’une bêtise transformée en catastrophe.

1. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, une « altercation » oppose le conseiller d’Etat genevois Mark Muller et un barman d’un dancing, le Moulin à Danses.

2. Le barman dépose plainte le 4 janvier 2012, Mark Muller fait de même le 12 janvier. Evidemment, l’affaire fait immédiatement beaucoup de bruit.

3. Le 14 janvier, Mark Muller convie la presse pour livrer sa version des faits. Il parle d’une « empoignade virile » avec le barman après avoir appris que son amie avait été frappée et agressée. Le 17 janvier, Mark Muller s’explique à nouveau devant le comité directeur de son parti. Il admet avoir eu un « comportement Inadéquat ».

4. Le 8 février, le ministre et le barman concluent un arrangement. Ils retirent leurs plaintes respectives et publient un communiqué de presse conjoint. L’empoignade virile et le comportement inadéquat prennent un autre visage:
« Les parties sont parvenues à un accord comportant retrait réciproque des plaintes déposées en suite de l’incident survenu à la sortie du Moulin à Danses, le 1er janvier 2012, au petit matin.

« Mark Muller a reconnu au barman du Moulin à Danses son statut de victime et lui a présenté ses excuses. Il a expliqué s’être laissé aller à un excès de colère regrettable et avoir brusquement et unilatéralement fondu sur le barman du Moulin à Danses, après que la chargée de communication de l’établissement lui avait expliqué que ce dernier l’aurait bousculée avec violence et frappée, informations dont il n’a appris qu’après les faits qu’elles étaient fausses.
« Mark Muller a exprimé ses sincères regrets et ses excuses ont été acceptées. Le barman du Moulin à Danses a reçu une réparation à raison des frais qu’il a encours.

« Les retraits des plaintes marquent la fin définitive du litige entre les parties, qui ont invité le procureur général à classer les procédures pénales en cours. »

5. Le 22 février, le gouvernement genevois propose de faire appel à un expert indépendant pour savoir si Mark Muller a versé une indemnité excessive au barman. Le Conseil d’Etat demande que ce mandataire extérieur au canton « puisse avoir accès à l’accord conclu et attester que les montants de l’indemnité octroyée correspondent aux frais réellement encourus à l’exclusion d’une indemnité pour tort moral ou pouvant y être assimilée. »

« C’est une solution que j’ai appelée de mes vœux, » souligne Mark Muller devant les médias. Le ministre se trouve en effet dans une position embarrassante. Son parti et le gouvernement veulent savoir s’il n’a pas acheté le barman pour qu’il retire sa plainte.

6. Rideau. Le 27 février 2021, près de deux mois après les faits, le ministre genevois démissionne. A la perte d’image due à son manque de contrôle, il n’a fait qu’ajouter les habituels inconvénients d’une réalité travestie.

Ironie de l’histoire : c’est Pierre Maudet qui a remplacé Mark Muller au Conseil d’Etat à la suite d’une élection complémentaire...