Recherche


Christiane TaubiraChristiane Taubira [AFP / Kenzo Tribouillard]

On peut être ministre et ne pas savoir ce que parler veut dire. En quelques jours, Christiane Taubira, garde des sceaux à la française, s'est enferrée dans une position intenable pour ne pas avoir dit clairement ce qu'elle voulait dire.

A l'origine de l'affaire, l'écoute des conversations téléphoniques de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, dans une série de magouilles dont il est suspecté. Révélées par le journal  Le Monde du 7 mars 2014, ces écoutes font évidemment grand bruit.

Vu l'ampleur des réactions, la ministre de la justice, Christiane Taubira, juge utile de dire, le 10 mars, qu'elle n'était pas au courant de cette procédure d'écoute avant les informations parues dans la presse. Cette affirmation paraît immédiatement suspecte. Dans une très récente circulaire, en date du 31 janvier 2014, la ministre de la justice avait en effet demandé aux procureurs généraux de l'informer "régulièrement, de façon complète et en temps utile" de toutes les affaires sensibles. Le procureur général de Paris, François Falletti, que Christiane Taubira avait malencontreusement cherché à écarter, se fait donc un malin plaisir de confirmer qu'il a effectivement prévenu la chancellerie du ministère de la justice, le 26 février, de la procédure engagée à l'encontre de Nicolas Sarkozy… C'est le début de la catastrophe.

La ministre de la justice aurait-elle menti? Après l'affaire Cahuzac, cet autre ministre qui n'avait pas hésité à mentir, "les yeux dans les yeux", sur l'existence d'un compte bancaire en Suisse, impossible de laisser se développer un tel sentiment dans l'opinion. Surtout à quelques semaines d'élections municipales particulièrement délicates pour le gouvernement.

Dès le 11 mars au soir, le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault monte au créneau du 20 heures télévisuel et corrige Christiane Taubira. Oui, sa ministre était au courant de la procédure d'écoute dès le 26 février, comme il l'a d'ailleurs été ensuite, mais ni elle, ni lui, ne connaissaient le contenu de ces écoutes. Voilà ce qu'il fallait comprendre des déclarations de Mme Taubira.

Le lendemain, Conseil des ministres. A l'issue de la réunion du gouvernement, Christiane Taubira se croit obligée d'en rajouter une couche. Elle admet un "malentendu". Et pour que, cette fois, ce soit bien clair, la ministre brandit deux documents qui lui ont été effectivement remis le 26 février, en martelant: "Je n'ai pas et je n'ai toujours pas d'informations concernant la date, la durée et le contenu des interceptions judiciaires."

Malheureusement pour la ministre, les conférences de presse se déroulent aujourd'hui en présence de photographes et de caméras de télévision. Des images des documents qu'elle a brandis, sans les distribuer, sont donc disponibles. On peut les agrandir, les améliorer, pour en retranscrire le contenu, ce que les journaux n'ont pas manqué de faire. Pour découvrir qu'au travers de ces documents, Mme Taubira connaissait les dates et la durée de ces interceptions judiciaires et certaines conclusions qu'on pouvait en tirer…Encore un malentendu sans doute, digne des pièces de Molière où le bourgeois, gentilhomme à défaut d'être ministre, sait des choses sans le savoir.


 


Pensées

Aller au haut