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R.Dati Rachida Dati. [Denis Guignebourg / Bestimage]

Bon, d'accord. Conseiller d'éviter les lapsus, c'est comme vous demander de vous débarrasser de votre inconscient. Freud vous le dirait, c'est impossible. Mais préparer sérieusement ses interventions et réviser son vocabulaire sur le sujet avant, ou faire des exercices de yoga pour changer d'obsession, que ce soit le sexe, le pouvoir ou l'argent, c'est envisageable. Et si, malgré tout, vous commettez un lapsus - personne n'est à l'abri -, n'insistez pas. Le mal est fait, pour autant qu'il y en ait. Vous n'y pouvez plus rien changer, sauf à vouloir aggraver votre cas.

Une fellation quasi nulle

"Quand je vois certains qui demandent des rentabilités à 20 ou 25% avec une fellation quasi nulle?" C'est ce qu'a déclaré Rachida Dati le dimanche 26 septembre 2010, sur Canal+. L'ancienne ministre française de la justice et députée européenne a bien raison. Si la prestation est quasi nulle, elle ne mérite pas une telle récompense. Bill Clinton vous le confirmerait. Le problème, paraît-il, c'est que Rachida Dati ne voulait pas parler de fellation ce soir-là, mais d'inflation.
Evidemment, ça change tout. Dans ce cas, il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Ce lapsus a fait le tour du monde. Les caricaturistes et les éditorialistes se sont bien amusés. Dans Le Canard enchaîné, Wozniak lui a consacré un joli dessin à la Magritte, une pipe avec cette mention: "Ceci n'est pas une fellation". Le directeur de la rédaction de L'Express, Christophe Barbier, par ailleurs ami de Carla Bruni-Sarkozy, a pris le problème plus au sérieux sur le site internet de l'hebdomadaire: "Les hommes politiques, et les femmes, sont soumis aujourd'hui à une telle rafale de questions, à une telle pression médiatique, à une telle obligation de prendre la parole en public, sur tous les canaux, en permanence que, bien entendu, le taux d'accidents linguistiques ne peut qu'être plus élevé." Tout en ajoutant que si leurs discours "étaient plus empreints de caractère, plus empreints d'aspérités, eh bien on n'aurait pas à attendre les lapsus pour trouver de l'originalité à ce qu'ils disent."

Le lendemain de sa méprise, Rachida Dati a d'abord pris la chose avec légèreté, en faisant semblant d'être surprise par l'écho rencontré par ses propos. "J'ai vu ça après coup, dit-elle le lundi matin sur RTL. J'ai juste parlé un peu trop vite. Mais, bon, si ça fait rire tout le monde…" Les choses se sont gâtées par la suite.

Un plaisantin ayant envoyé à Rachida Dati, à son adresse électronique du Parlement européen, des courriels où il lui demandait une "petite inflation", s'est vu répondre par une plainte pour délit d'outrage. Le farceur, un quadragénaire vivant à Bourg-de-Péage, dans la Drôme, a vu la police débarquer dans son appartement pour une perquisition – son ordinateur a été saisi – avant de se retrouver embarquer au poste pour 48 heures. Le délit d'outrage peut être sanctionné par une peine allant jusqu'à six mois de prison ferme et 7'500 euros d'amende. L'affaire a été révélée par Le Dauphiné Libéré du 29 octobre 2010. Elle montre que Rachida Dati souffre, au-delà d'une certaine fatigue, d'un manque total de bon sens. Sa plainte est en effet le meilleur moyen de se rendre ridicule deux fois plutôt qu'une.

Rachida Dati aurait pu en rester là. Eh bien, non. Elle a cru devoir en rajouter sur son blog: "Vous avez été quelques-uns, écrit-elle sur son site dès le 29 octobre, à me faire part de votre incompréhension. Je tenais donc à préciser les conditions dans lesquelles s’est fait ce dépôt de plainte". La députée européenne assure avoir assumé les conséquences de ce lapsus avec humour. "La différence avec (…) les courriels que j’ai reçus de cette personne, c’est qu’au vu de leur nombre et de l’insistance des propos qu’ils contenaient, je ne pouvais plus considérer sa démarche comme une simple plaisanterie. Je me suis sentie menacée. Au-delà d’être une élue, je suis une femme et une mère, et j’ai tout simplement eu peur pour ma sécurité et surtout celle de ma fille." Le problème, c'est que ce genre de menace, à supposer qu'elle soit réelle, peut se régler par d'autres voies que la plainte pour délit d'outrage. Mais avec un tel talent de communicatrice, Rachita Dati est au moins certaine d'entrer définitivement dans l'histoire du lapsus sexuel. A croire que c'était son objectif.

Epilogue.

Le plaisantin qui avait provoqué Rachida Dati a été condamné, le 3 décembre 2010, à 100 euros d'amende avec sursis "pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique" par le Tribunal correctionnel de Valence, dans la Drôme.


 


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