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C’est fait. Le Temps est vendu. A Ringier.

On a mis du temps pour en arriver là. Après que Tamedia et Ringier aient annoncé, en octobre 2013, leur intention de vendre leur journal de référence, certains épisodes n'ont pas manqué de sel. Très vite, on a vu un horloger se proposer de remettre Le Temps à l'heure du succès. "Pas pour gagner de l'argent, mais par patriotisme romand". Après ce coup de pub gratuit, le temps d'un tour de cadran, il a quand même trouvé trop cher le prix à payer.

La direction du journal, qui s'était aussi mise sur les rangs, a été immédiatement remise à sa place. Pas question de confier Le Temps à des gens qui ne peuvent en assumer personnellement les risques financiers.

Un peu plus tard, on apprenait que la pêche avait été bonne. Le Temps semblait avoir suscité l'intérêt de vingt repreneurs potentiels, suisses et français, avides de notoriété médiatique, à défaut de solides dividendes. La liste des candidats devait être close fin novembre 2013.

La salle d'attente des acheteurs fébriles s'étant apparemment beaucoup dépeuplée, il a fallu laisser la porte ouverte jusque fin mars 2014. Et là surprise, il ne restait plus, en dehors de ses deux propriétaires-vendeurs, qu'un seul candidat au rachat, un banquier genevois et ses amis. C’est du moins ce qu’a déclaré le directeur général de Ringier, Marc Walder, le 10 avril 2014, avant que le service de communication de son entreprise ne précise, un peu plus tard, qu’il y avait «davantage qu’une seule offre»! Le soir même, en tout cas, Ringier décidait de racheter les parts de Tamedia, l’affaire était conclue, et annoncée dès le lendemain en conférence de presse. Le sens de la communication des entreprises de médias est parfois sidérant.

Les motifs de cette décision soudaine? «Une affaire de cœur», paraît-il. Ce qui a fait sourire le quotidien La Liberté. «Quand Ringier, écrit le journal fribourgeois, nous parle d’une affaire de cœur, de son intérêt pour la Suisse romande ou de ses ambitions pour Le Temps, vient cette question assez simple: pourquoi l’éditeur zurichois (…) n’a-t-il pas satisfait ses aspirations profondes tout de suite, au lieu de se lancer dans une procédure de mise aux enchères publiques dévastatrice?».

Quand la direction de Ringier ajoute que la philosophie sera la même pour Le Temps que pour L’Hebdo, dont le groupe zurichois a toujours soutenu le développement, il y a de quoi s’inquiéter. Quel développement? La rédaction de L’Hebdo a été réduite des deux tiers; elle est passée de 45 journalistes à 15. Elle est tellement diminuée que l’hebdomadaire a récemment demandé à de nombreuses personnalités romandes de lancer un blog sur son site pour lui donner de la matière et des idées. C’est pas bon pour la tête, ça?

Quant au prix de la transaction, vous allez tout savoir. Selon le long communiqué que Ringier et Tamedia ont fait imprimer en page une du Temps des 12-13 avril 2014, "il correspond à l'évaluation réalisée d'un commun accord dans le cadre des discussions préparatoires, et communiquées à tous les repreneurs potentiels". Voilà qui est clair, limpide, transparent. Mais patience, la rédaction du Temps va certainement intervenir auprès du préposé à la protection des données pour obtenir la valeur marchande de son quotidien tiré à 36'391 exemplaires. Comme un journaliste de la Wochenzeitung l'a fait pour obtenir qu'il demande à l'EPFZ et à l'EPFL de publier les contrats qui les lient, l'une avec Syngenta, l'autre avec Nestlé, malgré leurs objections.


 


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