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F.Hollande_tel.jpgFrançois Hollande [Reuters]

En 2010, Bernadette Chirac, la femme de l'ancien président français, faisait l'éloge d'un certain François Hollande dans le Journal du dimanche du 25 octobre: "C'est un homme très sympathique, très courtois, qui est à l'écoute. C'est une qualité essentielle chez un homme politique. Quand on n'est pas à l'écoute, on est perdu d'avance." Le conseil était judicieux et perfide, tant il semblait s'adresser, en creux, au successeur de son mari, Nicolas Sarkozy.

Etre à l'écoute, c'est relativement facile quand on est parlementaire, surtout dans l'opposition. Le rester quand on arrive au pouvoir, c'est plus difficile, même si l'on n'a pas vocation à être dictateur. Il y a d'abord l'euphorie du succès de l'élection. 

Le 21 mai 1981, jour de son accession à la présidence, François Mitterrand est tout à la joie de la victoire. Son Premier ministre, Pierre Mauroy, devrait lui parler de dévaluation du franc, vu la situation du pays. Mais il ne le fait pas: "Je suis persuadé qu'il n'aurait même pas entendu la question", écrit-il dans ses Mémoires.

Michel Jobert, qui fait partie du premier gouvernement de François Mitterrand après avoir été le principal collaborateur de Georges Pompidou, observe le nouveau Président avec un œil particulièrement acéré: "Le personnage est devenu extravagant par sa froideur, l'extraordinaire distance qu'il met entre lui et son interlocuteur; l'impassibilité du masque qu'il s'est mis sur le visage, une pause permanente, ses silences glacials ou, au contraire, ses monologues qui n'ont rien à voir avec le sujet abordé, sa façon qu'il a de ne jamais répondre aux questions, de fuir, de parler d'autre chose. A l'évidence, il s'est créé un autre personnage."

Les autres changent, eux aussi. Les intimes se demandent s'ils peuvent encore tutoyer le nouvel élu, les familiers n'osent plus s'approcher, les collaborateurs forment autour de lui une cour approbatrice. Et c'est la même chose à Washington qu'à Paris.   

Mais être et rester à l'écoute ne signifie pas être d'accord avec tout le monde ou donner toujours raison au dernier interlocuteur rencontré. C'est voir les choses comme elles sont, non comme on aimerait qu'elles soient, notamment au travers des promesses qu'on a faites. C'est aussi bien entendre ce qui est dit par l'autre, par tous les autres, pour mieux pouvoir y répondre et prendre des décisions en connaissance de cause. A cette aune-là, il n'est pas certain que Bernadette Chirac dirait du Président Hollande ce qu'elle a dit du candidat François.


 


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