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Le duel Sarkozy-Hollande: Une pluie d'erreurs et de mensonges

Les deux candidats au 2e tour de l'élection présidentielle française de 2012 avaient promis un débat "en vérité", "à la hauteur des attentes des Français" Au cours du duel qui les a opposés à la télévision, le 2 mai 2012, François Hollande et Nicolas Sarkozy se sont en fait régulièrement arrangés avec la vérité. Chacun des deux candidats n'a pas manqué de le reprocher à son adversaire, tous les deux se déclarant convaincus que les observateurs feraient "litière" de ces erreurs et de ces mensonges.

La plupart de ces petits arrangements avec la vérité - c'est ce qu'on dit quand on est poli - sont volontaires. Nicolas Sarkozy en a fourni une preuve supplémentaire, lors de l'émission "Des paroles et des actes", sur France 2, le 26 avril précédant. Comme on lui demandait pourquoi il avait dit qu'il était allé à Fukushima, après l'accident de la centrale nucléaire japonaise, alors qu'il n'y avait pas mis les pieds, il avait fini par avouer benoîtement: "Ecoutez, parce que dans les meetings ça faisait mieux de dire "J'ai été à Fukushima" que de dire "J'ai été à Tokyo pour parler de Fukushima", ça passait moins bien, voilà."

La synthèse qui suit se fonde notamment sur les analyses de FranceTV info et de France Info, le lendemain du débat, et du journal Le Monde du 4 mai 2012.

1. Sarkozy au dîner des donateurs de l'UMP au Bristol

Alors que François Hollande accuse Nicolas Sarkozy d'avoir participé à des collectes de fonds pour l'UMP au Bristol au cours de son quinquennat, le président candidat réfute. "Non, non! Jamais je ne me suis prêté à cela." Une photo prise à la sortie d'une réunion des donateurs du parti majoritaire dans le luxueux hôtel parisien, le 7 décembre 2009, prouve le contraire.

Un article du journal Le Parisien, daté du 9 décembre 2009, montrait Nicolas Sarkozy sortant de l'Hôtel Bristol, où il venait d'assister à une réunion du "premier cercle". Un participant à cette soirée, réservée aux sympathisants ayant donné au moins 3'000 euros à l'UMP, témoigne: "Les gens sont ravis d'avoir le chef de l'Etat quelques instants rien que pour eux: ça les flatte, les encourage à démarcher leurs collègues. Sarkozy adore ça. A chaque fois, il fait son one-man show." 

Verdict: Sarkozy ment.

Sarkozy au Bristol

2. Hollande accusé d'"une erreur de 100 milliards" sur la dette

François Hollande reproche à son adversaire une augmentation de la dette de 600 milliards d'euros depuis le début du quinquennat, Nicolas Sarkozy nie l'accusation en évoquant une augmentation de 500 milliards, rapport de la Cour des comptes à l'appui. "Une erreur de 100 milliards, ça pose question."

Selon l'INSEE, la dette française était de 1 223,3 milliards d'euros à la mi-2007 lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, et s'établissait à 1 717,3 milliards à la fin 2011. Soit une augmentation de 494 milliards.

Apparemment, Sarkozy dit vrai. Mais le lendemain, François Hollande a expliqué que son chiffre intégrait les prévisions de l'année 2012, ce qui lui paraissait tout à fait justifié dans la mesure où le budget 2012 est de la responsabilité de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. Il a cependant commis l'erreur de ne pas le préciser lors du débat, car il dit vrai. Dans son dernier rapport économique, annexé à la stratégie pluriannuelle des finances publiques, le gouvernement de François Fillon prévoit une augmentation de 620 millions de la dette publique entre fin 2006 et fin 2012.

Verdict: François Hollande dit vrai, mais il a manqué de clarté.

3. Hollande accusé d'avoir dit: "Une personne riche gagne "4000 euros"

"Vous avez défini une personne riche comme gagnant 4 000 euros", lance Nicolas Sarkozy à son adversaire. "Non, vous savez très bien que ce n'était pas mon expression...", répond François Hollande. Sarkozy insiste: "Monsieur Hollande, vous qui aimez rassembler et qui avez dit que vous n'aimiez pas les riches alors que le journaliste vous interrogeait en vous disant 'mais qu'est-ce qu'un riche?'", vous avez répondu que c'était à partir de 4 000 euros." Et François Hollande de marteler : "Non, si vous voulez, la coupure de presse, je l'ai là. Ce n'est pas ce que j'avais dit."

En réalité, François Hollande a bien évoqué ce seuil des 4 000 euros. C'était dans Le Parisien, en janvier 2007, alors qu'il était encore premier secrétaire du PS. Mais à aucun moment, il ne l'associe au mot "riche". Voici sa déclaration exacte : "Les impôts augmenteront pour les contribuables qui sont dans les deux plus hautes tranches de l’impôt sur le revenu. (...) Cela ne concerne que les contribuables qui ont un salaire de plus de 4 000 euros net, soit 5 000 euros brut." Nicolas Sarkozy a associé cette phrase avec une autre déclaration de François Hollande en juin 2006 dans "A vous de juger", sur France 2 "Je n'aime pas les riches."

Verdict : Hollande dit vrai.

4. L'évolution du chômage depuis 2007: + 422 000 ou + 1 million?

François Hollande affirme que le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté d'un million depuis l'arrivée à l'Elysée de Nicolas Sarkozy. "Les chiffres que vous avez donnés M. Hollande, ils sont faux", lui répond le président sortant. Lui affirme que, selon le Bureau international du travail (BIT), l'augmentation du nombre de chômeurs est de 422 000, "c'est-à-dire une augmentation de 18,7%". 

Taux de chomage

Le site de l'INSEE, lorsqu'il s'appuie sur les chiffres du BIT, indique qu'à la fin 2011, il y avait 2 678 000 chômeurs, contre 2 214 000 à la mi-2007, soit 464 000 chômeurs de plus (+22%). Mais François Hollande prend en compte un autre chiffre: le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues. Là, il est passé de 3 632 400 en mai 2007 à 4 920 400 en mars 2012, soit une augmentation de près de 1 300 000.

Verdict: Sarkozy et Hollande disent vrai.

Mais l'évolution de la courbe du chômage montre bien que l'augmentation des sans emploi est liée aux effets de la crise de 2008.

5. La France, seul pays épargné par la récession depuis 2009?

"Quel est le seul pays qui n'a pas connu un trimestre de récession depuis 2009? C'est la France!" se félicite Nicolas Sarkozy. Premier problème: on peut parler de récession dans un pays à partir du moment où le produit intérieur brut (PIB) a régressé pendant deux trimestres consécutifs. "Un trimestre de récession", ça ne veut donc rien dire.

De plus, la France n'est pas le seul pays à ne pas avoir connu de récession depuis 2009, même au sein de la zone euro. Comme le montrent les chiffres de l'OCDE, c'est aussi le cas d'une dizaine d'autres pays de la zone euro, dont l'Allemagne. De plus, depuis 2009, l'Allemagne affiche une croissance supérieure à celle de la France: +3.6% en 2010 et +3.1% en 2011, contre +1.4% et +1.7%.

Verdict: Sarkozy se trompe sur le concept et sur les chiffres.

6. La France, championne d'Europe des impôts?

Impots Europe

Nicolas Sarkozy est catégorique : "La France est, avec la Suède, le pays d'Europe qui a les impôts les plus lourds." Les chiffres de l'Union européenne montrent que c'est faux. Si la Suède (avec un taux de prélèvements obligatoires à 46,9%) est deuxième du classement derrière le Danemark (48,1%), la France (41,6%) n'apparaît qu'au septième rang, derrière la Belgique (43,5%),  l'Italie (43,1%), la Finlande (43,1%) et l'Autriche (42,7%).

Verdict: Sarkozy se trompe.

7. Le coût des 60 000 postes dans l'éducation = celui de la réforme de l'ISF?

Détaillant sa proposition de recréer 60 000 postes dans l'Education nationale, François Hollande a assuré que cette mesure coûterait "un peu moins de deux milliards d'euros" à la fin du quinquennat. Un coût qu'il a tenu à comparer avec celui de la réforme de l'impôt sur la fortune adoptée durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui a selon lui coûté deux milliards. 

En réalité, selon différents chiffrages avancés par les observateurs, les 60 000 postes devraient coûter un peu plus de 2,5 milliards d'euros par an, tandis que le manque à gagner de 1,8 milliard d'euros pour l'Etat causé par l'allègement de l'impôt sur la fortune a été intégralement compensé par des recettes nouvelles (suppression du bouclier fiscal, relèvement des droits sur les plus grosses successions...), selon le gouvernement.

Verdict: Hollande se trompe.

8. La France, dernière de la classe en matière d'encadrement scolaire?

encadrement école
Pour Nicolas Sarkozy, la France a "le taux d'encadrement le plus élevé de l'OCDE". Pour François Hollande, "le taux d'encadrement dans le primaire est le plus bas dans l'OCDE".

La dernière étude de l'OCDE à ce sujet, publiée en février 2012, donne manifestement raison au candidat socialiste: la France se trouve bel et bien en bas du classement. Dans une note du Conseil d'analyse stratégique, une institution placée auprès des services du Premier ministre, il est d'ailleurs reconnu que "la France présente l'un des taux d'encadrement les plus faibles, tous niveaux et tous établissements confondus (publics et privés) avec seulement 6,1 enseignants pour 100 élèves/étudiants".

Verdict: Hollande dit vrai.

9. Combien d'éoliennes pour remplacer la centrale de Fessenheim?

Critiquant la volonté de François Hollande de réduire la part du nucléaire dans l'énergie produite en France de 75% à 50%, et de fermer en 2017 la centrale de Fessenheim, Nicolas Sarkozy assure que fermer Fessenheim reviendrait à installer, en contrepartie, 8 000 éoliennes en Alsace.

Sachant qu'une éolienne produit en moyenne 4,4 millions de kWh par an, et que la centrale de Fessenheim produit dans le même temps, selon EDF, 10 milliards de kWh, il faudrait - si l'on applique le calcul de Nicolas Sarkozy - environ 2 273 éoliennes, et non 8 000, pour combler la fermeture de la centrale (en moyenne, 500 éoliennes sont mises en service en France chaque année).

Verdict: Sarkozy se trompe.

10. Hollande veut-il la fermeture des centres de rétention ?

"Les centres de rétention, est-ce qu'on les garde?", demande Nicolas Sarkozy. "Les centres de rétention sont nécessaires, ils existent partout", répond François Hollande. "Pourtant vous écrivez qu'ils doivent 'devenir l’exception' et vous venez de dire qu’on les garde. Vous venez de vous contredire", réplique le président candidat.

Le 25 avril, le candidat socialiste a en effet répondu à l’interpellation de France terre d’asile dans une lettre publiée sur le site de l'association. Il écrit exactement : "Je souhaite plus globalement que la rétention redevienne l'exception et non un instrument banal de procédure. Je souhaite que soient privilégiées les alternatives à I'enfermement."

Hollande ne dit pas autre chose dans la suite du débat, puisqu’il revient sur la nécessité de privilégier l’assignation à résidence. Il "n'a jamais proposé la disparition des centres de rétention", a réagi France terre d'asile.

Verdict: Hollande dit vrai.


 


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