Soigner l'image - Photo de Thgusstavo Santana - Pexels
Photo de Thgusstavo Santana provenant de Pexels

Soigner l'image

Les autres nous jugent sur notre physique, et nous en faisons tout autant, de manière automatique, lors d’une première rencontre. C’est instinctif. Cela ne dépend pas de notre intelligence, ni de notre éducation, ni de tout autre facteur. Nous cherchons simplement à cerner l’autre à partir des quelques indices dont nous disposons. Ce jugement fondé sur le physique peut certes se modifier à mesure que nous apprenons à connaître la personne. Mais dans certaines circonstances, notamment lors d’une élection, notre décision est prise sans connaître la personne, au-delà des apparences, qu’il s’agisse de son physique ou de son discours et du son de sa voix.

Le physique

L’apparence physique est bien la première impression laissée par une personne, que ce soit lors d’un contact direct ou par le biais d’une photo ou lors d’une apparition à la télévision (ou sur tout autre écran). Or tout le monde sait qu’il y a des gens plus photogéniques ou plus télégéniques que d’autres. Et que le « look » est affaire de codes, vestimentaires ou autres. Tous ces éléments ont une influence importante, sinon déterminante, sur nos chances de succès, ne serait-ce que lors d’un entretien d’embauche. Alors que dire lorsqu’il s’agit d’une carrière politique.

On savait déjà qu'entre deux candidats à une élection, c'est celui qui a le visage et le style les plus attractifs qui a les meilleures chances de l'emporter. Le phénomène était apparu dès le premier débat télévisé entre Richard Nixon et John Fitzgerald Kennedy lors de la présidentielle américaine de 1960. Le contraste était flagrant entre un Kennedy, beau gosse et plein d’aisance, face à un Nixon qui relevait de maladie, et désavantagé par la sueur qui coulait par-dessus le maquillage chargé de camoufler sa barbe d'un jour. Depuis ce débat de légende, des études scientifiques et de nombreux résultats sont venus confirmer la prime accordée aux candidats et aux candidates qui portent beau.

Voilà maintenant que des chercheurs de l'Université américaine du Wisconsin ont mis en évidence, fin 2013, que l'attrait du visage d'un PDG influence les cours de bourse de sa société. Joseph Halford et Hung-Chia- Hsu ont mené l'enquête sur 677 PDG qui ont été à la tête de l'un des 500 premiers groupes américains entre 2000 et 2012. Pour juger de la beauté de ces dirigeants, ils ont utilisé "l'indice d'attractivité faciale", calculé par le site anaface.com. Ce logiciel s'appuie sur les canons de la beauté classique, selon lesquels l'attrait d'un visage est lié à son harmonie géométrique.

Résultat: le recrutement d'une belle personne à la tête d'une entreprise cotée en bourse provoque une hausse du cours de ses actions. Et le même phénomène se produit quand elle passe à la télévision. En revanche, l'indice boursier ne varie pas si la même information est transmise par un autre média, sans image.

Autrement dit, il pourrait être recommandé prochainement de vérifier son indice d'attractivité faciale avant de se lancer en politique ou de viser un poste-clé dans une entreprise cotée en bourse. C'est facile d'ailleurs. Il suffit d'enregistrer une photo sur le site anaface.com pour avoir la réponse. Pour votre info, les PDG qui ont fait partie de l'échantillon étudié par les chercheurs de l'Université du Wisconsin ont obtenu un score moyen de 7.29 sur 10. A vous de voir.

La voix

C'est vrai: notre voix enregistrée nous semble toujours un peu anormale, déformée, souvent plus aiguë, même si l’enregistrement et sa diffusion sont de parfaite qualité. Il s'agit pourtant de notre "vraie voix", celle qui est perçue par ceux qui nous écoutent.

Cette différence est due aux deux voies qu'empruntent les ondes sonores pour atteindre notre cochlée, élément de l'oreille interne contenant l'organe de l'audition. A l'écoute d'un enregistrement, notre voix se propage par conduction aérienne, c'est-à-dire dans l'air ambiant, et arrive jusqu'à la cochlée, via l'oreille externe. Or lorsque nous parlons, nous la percevons à la fois par la voie aérienne et par la voie interne. Cette perception interne résulte des vibrations acoustiques de nos cordes vocales jusqu'à l'oreille interne par les os du crâne, qui favorisent la propagation des basses fréquences. Ainsi, la voix que nous entendons quand nous parlons, qui est la résultante des voix aérienne et osseuse, nous semble plus grave que notre voix sur un répondeur ou une vidéo.

Les vois aigües dérangent

C’est avéré, les voix aiguës dérangent. Nos oreilles supportent mal les sons stridents. Quelques conseils pour mieux faire passer le message.

«Hillary Clinton devant un parterre de démocrates, le 2 février 2007. Sa voix monte dans les aigus alors qu’elle promet de faire cesser la guerre en Irak. Deuxième extrait. La candidate à la présidence des Etats-Unis sur un plateau de télévision, le 31 octobre suivant. Sa voix est plus basse, son attitude plus posée.

« Ce changement n’a pas échappé aux experts en communication, comme Ruth Sherman, qui analyse les performances de Hillary Clinton sur son blog dédié au management. Dans la deuxième vidéo, sa voix descend de quelques tons. Mais c’est surtout l’attitude globale qui a changé. «Non seulement le phénomène vocal est moins superficiellement enthousiaste, mais toute sa tenue corporelle est plus posée, plus sereine et plus crédible.

« Si la capacité de communiquer est importante pour tous, c’est une question particulièrement délicate pour les femmes. La campagne présidentielle de Ségolène Royal l’a montré. «Avec l’émotion et la nervosité, les voix féminines ont tendance à monter, ce qui nuit à la crédibilité du message, indique Mercedes Brawand, chargé de cours de langage parlé au Centre romand de formation des journalistes.

« Le conseil de Mercedes Brawand aux femmes: prendre conscience qu’il est possible de parler plus fort sans monter dans les gammes. «Il existe des exercices pour apprendre à rester sur la même note tout en augmentant le volume.»

La confiance en soi est la clé d’une meilleure pose de voix. Ce sont les émotions qui bloquent, pas le corps (24 heures, 10-11 novembre 2007)

Or l’effet d’un message transmis oralement tient pour 20% seulement à son contenu, contre 30% à la façon de dire et 50% aux signes non verbaux.

L'analyse de la voix par le cerveau

Lors d'une conversation, notre cerveau analyse la voix de l'interlocuteur. Selon qu'il est joyeux, triste ou en colère, l'intensité et la fréquence de la voix varient et notre cerveau ne s'active pas de la même manière.

Une équipe de neurologues des Hôpitaux universitaires de Genève vient de montrer qu'en scannant le cerveau d'une personne on peut voir si elle interprète correctement ou non les émotions des autres.

Treize femmes et neuf hommes ont participé à l'expérience. Elle consistait à leur faire écouter une phrase lue par des comédiens sur un ton exprimant tantôt la colère, tantôt la tristesse, la joie ou le soulagement. On a constaté qu'en fonction du ton de voix perçu une forme spécifique se dessinait dans le cerveau, explique Patrick Vuilleumier, qui a dirigé l'étude.

En observant la forme qui apparaît sur l'IRM, il est possible de savoir comment le cerveau interprète une intonation. Les recherches dans le domaine du mind redding (décodage de ce qui se passe dans la tête des gens) peuvent aussi intéresser le monde de l'entreprise. Patrick Vuilleumier explique ainsi que certains call-centers utilisent des logiciels qui détectent automatiquement l'humeur du client, selon l'intonation de sa voix: "Lorsque vous téléphonez par exemple à une compagnie d'aviation pour une réclamation, une voix automatique vous pose une question et enregistre votre réponse, en analysant votre ton. Selon qu'il apparaît que vous êtes calme ou en colère, vous serez redirigé plus ou moins vite vers un opérateur." (Le Matin, 16 mai 2009)