Porter un masque par Anna Shvets - Pexels
Photo de Anna Shvets provenant de Pexels

Cultiver ses compétences

Je ne sais rien mais je gouverne, ou du moins je fais semblant. La crise du Covid-19 n’a pas manqué de fournir de nombreux exemples de l’ignorance des gouvernants. Ce qui ne les a pas empêchés de plastronner.

Le 20 janvier 2020, Agnès Buzyn, ministre française des solidarités et de la santé, fait sa toute première déclaration sur le virus :

« Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré. Il est maintenant pratiquement nul puisque la ville, vous le savez, est isolée.

« Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles. Et les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles. »

Agnès Buzyn est hématologue de formation et professeure d’université. Mais le 26 janvier 2020, sur la chaîne de télévision LCI, elle s’enfonce encore davantage :

« Le masque bleu ne protège de rien. Et par ailleurs, nous avons des dizaines de millions de masques en stock, en cas d’urgence de santé publique pour l’émergence d’un virus ou d’une bactérie. Donc, tout cela est parfaitement géré par les autorités. »

« Et si un jour il fallait porter un masque, nous distribuerions le masque. Il n’y a aucune raison d’aller en acheter en pharmacie. »

Après de telles âneries, elle ne peut plus guère rester ministre. Mais peut-être peut-elle apporter ses lumières à Paris. Elle démissionne pour se porter candidate de la République en marche, le parti du président Macron, à la mairie de Paris. C’est la déroute. Elle ne recueille que 13% des voix.

Mais le 4 janvier 2021, Agnès Buzin est nommée à l’Organisation mondiale de la santé, à Genève, comme « envoyée du directeur général » pour les « affaires multilatérales ». Elle aura notamment pour tâche de  coordonner « la diplomatie sanitaire » de l’OMS. Elle peut donc continuer de faire fructifier ses compétences au niveau international.

Autre exemple, dans un tout autre domaine. Patrick Modiano devenu Prix Nobel de littérature 2014, Fleur Pellerin, ministre hexagonale de la culture, admettait quelques jours plus tard (le 26 octobre, sur le plateau de Canal+) qu’elle n’avait lu aucun roman de l’écrivain français. Et même plus aucun livre depuis qu’elle était entrée au gouvernement au printemps 2012:

«J’avoue sans aucun problème que je n’ai pas du tout le temps de lire depuis deux ans. Je lis beaucoup de notes, beaucoup de textes de loi, les nouvelles, les dépêches AFP, mais je lis très peu.»

Ne pas avoir lu Modiano n’est ni un crime ni nécessairement un signe d’inculture. Mais ne plus lire d’autre prose que celles des bureaucrates du ministère ou des plumitifs des médias, voilà qui fait désordre pour une ministre de la Culture Française, avec un grand C et un grand F. C’est pourquoi notre Fleur a tenté de corriger le tir quelques jours plus tard, en glissant: « Je n’ai pas dit que je ne lisais pas, j’ai dit que je lisais moins… » Elle n’a convaincu personne. Tant il est vrai qu’elle n’est pas la seule à gouverner sans savoir.

Après son départ du gouvernement, en 2016, Fleur Pellerin créé un fond d’investissements Korelya Capital, qui a pour mission d’investir dans le Big Data, le Machine learning, le Deep learning, l’internet des objets et l‘intelligence artificielle. En 2019, elle entre au conseil d’administration du groupe Reworld Media, propriétaire de plusieurs titres de presse, comme Auto Plus ou Télé Star. Elle siège également au conseil d’administration d’autres entreprises, comme Schneider Electric et la compagnie aérienne KLM…