L’origine mystère
du coronavirus

L’origine mystère du coronavirus

Image de la terre avec un masque tenue par des gants
Photo de Anna Shvets provenant de Pexels

10.06.2021

D`où vient le coronavirus à l’origine de la pandémie de Covid 19 ? Pour l’OMS, c’est limpide : elle sait au moins d’où il ne vient pas. A l’issue de « l’enquête » qu’elle a menée en Chine en janvier 2021, l’organisation mondiale de la santé a exclu l’hypothèse – « hautement improbable » - d’un coronavirus qui se serait échappé d’un laboratoire de Wuhan. Mais cette « enquête » conduite sous contrôle intégral des autorités chinoises est pour le moins controversée et l’origine du coronavirus n’en reste pas moins mystérieuse. De nombreuses voix scientifiques se sont élevées depuis pour demander que la Chine lève tous les interdits qui empêchent de faire toute la lumière sur le rôle joué par son laboratoire P4 de recherches sur les virus, notamment sur les virus de chauve-souris, à Wuhan.

On en saura peut-être plus à la suite de l’appel lancé le 26 mai 2021 par le président Jo Biden pour que les services de renseignement américains redoublent d’efforts pour expliquer l’origine du Covid-19. Dans un délai de 90 jours…

Quant à l’OMS, ce n’est pas la première fois qu’elle aurait arrangé la réalité pour complaire à une grande puissance. Elle l’a déjà fait au profit de l’URSS après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, survenu le 26 avril 1986. A l’époque, une délégation conjointe de l’Agence internationale de l’énergie et de l’OMS, dirigée par le Français Pierre Pellerin, s’était rendue sur place à la demande des autorités soviétiques.

Le documentaire « Tchernobyl, la dernière bataille de l’URSS », écrit et réalisé en 2021 par Thibault Férié ¹, fait le bilan de cette expertise :

« Face aux scientifiques locaux qui demandent à ce que les normes maximales [de radioactivité] soient abaissées et ainsi permettre la relocalisation des populations, les Occidentaux vont au contraire tenter de les augmenter par cinq pour justifier, qu’en l’état, il n’y pas de danger pour la population. »

Et l’historienne Kate Brown, professeur au MIT, le Massachusetts Institute of Technology, à Boston, ajoute :

« Après dix jours de discussions, ils en sont arrivés à la conclusion qu’ils ne voyaient aucun signe de maladies liées à la catastrophe de Tchernobyl. C’était seulement des cas de psychose ou de stress post-traumatique dus à ce qu’ils appellent la « radiophobie ». C’était uniquement dans leur tête, en aucun cas un problème de santé publique. En conclusion, ils pouvaient largement doubler, voire tripler, les normes maximales. » ²

Sources :

¹ Produit par AB Production 202 et diffusé notamment par la Télévision suisse romande, sur RTS 2, le 25 avril 2021.

² Kate Brown est l’auteur d’un ouvrage sur la catastrophe de Tchernobyl : « Manual for Survival: A Chernobyl Guide to the Future », publié en 2019 et traduit en français sous le titre « Tchernobyl par la preuve, Actes Sud, 2021. En voici la présentation par Wikipédia, consulté le 8 juin 2021 :

« Kate Brown est parvenue, la première, à examiner les archives du KGB, dépositaire exclusif des informations de toutes natures : notamment les rapports médicaux concernant les effets de l’accident, à la fois sur les travailleurs et les « liquidateurs » de la centrale détruite, et sur toutes les populations ukrainiennes, biélorusses et russes dans une très vaste zone périphérique. Ces documents produits par des scientifiques, des bureaucrates, des militaires et des civils, font apparaître une augmentation spectaculaire des malformations de nourrissons, de mortalité infantile, de cancers et de maladies invalidantes à divers degrés, la plupart ignorées des statistiques établies par les organismes officiels nationaux ou internationaux.

« Selon sa méthodologie originale, Kate Brown complète ses informations par des expériences personnelles. Par exemple, après avoir cueilli des myrtilles dans la forêt voisine de la centrale, elle s’engage avec des paysans dans le cycle commercial des fruits et champignons, censé être strictement contrôlé quant à la radioactivité. Elle vérifie elle-même comment, par des mélanges dosés de provenances diverses, les marchands font passer des contingents de primeurs fortement contaminés sur les marchés extérieurs, y compris à l’exportation.

« Le travail de Brown a un impact important sur un problème qui déborde largement Tchernobyl : l’effet dit « des faibles doses ». Sous ce vocable est posée la question des effets biologiques des contamination radioactives dues aux retombées massives - notamment dans l’hémisphère Nord - lors des essais nucléaires de la guerre froide au niveau de l’eau, des sols et des êtres vivants. « Cachés systématiquement au cours des années 1950 à 1970, leur prise en compte éventuelle sur les plans sanitaire, financier et politique représente un enjeu énorme. Brown démontre comment l’URSS d’abord, puis la Russie et les États-Unis avec nombre d’organisations internationales (y compris de l’ONU) se sont toujours efforcés, avec un certain succès, d’enterrer ou discréditer les informations qui auraient pu confirmer les dégâts correspondants.
(…)
« Manual for Survival suggère enfin une question plus vaste. Le suivi minutieux des isotopes radioactifs dans l’écosystème après le désastre de Tchernobyl éclaire un problème plus général, comme le souligne Sophie Pinkham dans la New York Review of Books : « Comment l’humanité parviendra-t-elle à coexister avec les volumes croissants de toxines et de polluants qu’elle introduit systématiquement dans l’air, l’eau et les sols de la planète, produits toxiques dont la durée de vie est immense et le comportement chimique dans la nature souvent mal compris ? Brown fait observer que Tchernobyl ne devrait pas être vu comme un accident isolé à caractère unique, mais au contraire comme un signal d’alarme attirant notre attention sur le monde nouveau que nous créons ainsi tous les jours ». (Sophie Pinkham, « The Chernobyl Syndrome », New York Review of Books, 4 avril 2019).